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CQFD N°033


DU TRAVAIL, POUR QUOI FAIRE ?

SIMPLE FLIC

Mis à jour le :15 avril 2006. Auteur : François Maliet.

À force de chercher du taf, il arrive - hélas - qu’on en trouve : Bernard a passé cinq ans dans la police, avec son lot de brutalités, de racisme et de connerie authentique, qu’il dénonce tout en les partageant un peu. Rencontre à rebrousse-poil.

« NON AU CPE ! OUI AU CDI ! » scandaient certains contre la loi sur l’égalité des chances. Quitte à aller au chagrin autant dégoter un boulot stable. Mais certains manifestants se sont autorisés d’utiles digressions - « À bas le CDI-famille-patrie ! » -, rappelant qu’une fiche de paye régulière impose souvent d’exercer une activité peu épanouissante. Voire peu reluisante, comme ouvrier dans l’armement, flic, expert en assurances ou contrôleur RMI. Bernard [1], un intérimaire rencontré au hasard d’une manif’ écolo, a testé pour vous : en 1995, l’année de ses 29 balais, il s’est reconverti dans la police pour « assurer l’aliment ». Reçu au concours administratif de la maison poulaga, « un des moins durs à gratter », il subit un an de formation, puis trois dans une « brigade mobile d’arrondissement  » parisienne et une dernière année dans un commissariat du VIIe arrondissement. « C’est un métier à part…  », tient-il à préciser, conscient de la mauvaise image de la profession : « Même dans les familles honnêtes, il y en a toujours un qui un jour ne respecte pas le code de la route, alors tu es ressenti comme un emmerdeur.  » Pas facile de trouver sa place sous l’uniforme, surtout quand « 80 % des jeunes flics, même modérés, deviennent extrémistes au bout de six mois ». Une telle dérive découlerait-elle de leur formation ? « Non, à l’école de police, c’est plutôt “plan cul”, répond Bernard. Comme partout, dès qu’il y a des nanas, les mecs tirent la langue comme des clébards !  » Selon lui, c’est plutôt dû à l’animosité de la population, surtout les immigrés… Mais il n’est pas nécessaire de titiller longtemps la jeune recrue pour qu’elle se dévoile : « Les flics, de toute manière, ils sont racistes de nature, ça ne leur vient pas comme ça.  » Quant aux indécis, les instructeurs les aiguillent : « À l’école, on nous disait : “Quand tu croises des Blacks et des Arabes dans le RER, t’as pas intérêt à les regarder dans les yeux, ils prennent ça comme un défi.”  » Les bons conseils font les bons flics, entre deux séances de drague.

Après cinq ans de bons et loyaux services, Bernard a abandonné son statut de fonctionnaire. Depuis, il est « passé à gauche, y a plus d’humanité…  » Mais « trop d’humanisme tue l’humanisme…  », et il reste quand même « sécuritaire ». Pour ce dévôt de la répression, « les violences policières, la méchanceté gratuite, ça existe. Les gars arrivent dans la police avec leur vécu, leur caractère, leurs frustrations… Comme leurs qualités.  » Ce ne sont pas de mauvais bougres et ils font du bon boulot, même s’ils ont la matraque facile : « Dans un commissariat du Sud-Est, y avait un flic harki, un violent. Il a foutu un coup de boule à un Arabe et lui a dit “Tu es une honte pour notre race.” Sarkozy l’a révoqué. C’est vrai que le gars n’avait pas à frapper… Mais c’était un mec efficace, et de couleur en plus… Après, ils embauchent des adjoints de sécurité de 25 ans, dont certains sont des vendeurs de shit. Là, ils avaient un mec un peu violent, mais carré, qu’il suffisait d’encadrer. » Mais comment contenir cette hyperactivité quand c’est tout un bataillon qu’il faut border ? Le coup fatal vient parfois directement des tripes, sans arrière-pensée, ni pensée du tout : « Dans les manifs, c’est vrai qu’il arrive que l’adrénaline monte, d’un côté comme de l’autre. Une fois, on était sur Saint-Germain, on marchait en formation, l’officier en tête. Et les autres, avec leurs foulards islamiques, ils nous canardaient, mais ils reculaient… On aurait bien aimé qu’ils avancent, on était suffisamment nombreux. Avec l’ambiance, le groupe…, tu te sens invulnérable.  »

La testostérone expliquerait-elle aussi la torture, par des enquêteurs de la 6e division de police judiciaire, de gars suspectés d’avoir perpétré les attentats de 1995 ? [2] « C’est toujours pareil, ça dépend du bonhomme et de son degré de tension… À l’hôpital, quand une infirmière est mal lunée, elle te fait mal ton pansement… Ils devaient les faire parler parce que d’autres bombes pouvaient péter. Les gars, ils ont quand même mis une bonbonne avec des clous dans le métro… Et puis, ils ne sont pas morts ! Ils auraient été torturés, mais ils ne sont pas morts…  » Certains ont même été acquittés. À leur décharge, les forces de l’ordre étaient sur les dents, à l’époque : « Quelque temps après cette série d’attentats, on rentrait de service. Il y avait des Noirs qui attendaient le bus. Les plus anciens, dans le car, tapaient sur les boucliers en gueulant : “Les Négros,une émeute ! Les Négros, une émeute !” Et nous avions la vitre ouverte. Ce n’est pas intelligent de dire ça. Comment veux-tu qu’après les gens aiment la police ?  » Bernard propose : « Il faudrait arriver à être plus physique, mais de manière humaine.  » Selon le syndicaliste Cyril Ferez, après un séjour dans le coma, la méthode n’est pas encore tout à fait au point.

Article publié dans CQFD n° 33, avril 2006.


[1] Le prénom a été modifié.

[2] Place Beauvau, la face cachée de la police, éditions Robert Laffont. Selon l’IGPN, la police des polices, il n’y aurait pas eu de torture, seulement quelques « claques ».





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