Missionné par Sarkozy pour « mener un travail approfondi sur la loi, l’Histoire et le devoir de mémoire », c’est-à-dire pour essuyer les plâtres de la loi UMP réhabilitant le temps béni des colonies, Arno Klarsfeld était sur le plateau de Thierry Ardisson le 7 janvier sur France 2. L’avocat et tribun des nuits parisiennes, plus connu pour les mensurations de ses top-models que pour l’envergure de sa pensée, était invité à répondre aux critiques du MRAP concernant son amour pour l’œuvre civilisatrice de l’armée d’occupation israélienne. Il y a deux ans, alors qu’il effectuait là-bas son service militaire, Arno Klarsfeld déclarait en effet dans Guysen Israël News (04/12/03) : « En tant que citoyen ayant la double nationalité, française et israélienne, je tenais par cet engagement à accomplir mon devoir. […] Je peux témoigner et affirmer qu’à tous les instants la démocratie, le respect de l’autre et de la vie sont des objectifs essentiels. La haine est un sentiment banni des rangs de Tsahal. Oui, je suis fier de servir au sein de l’armée d’Israël. » Ardisson n’a pas commis l’indélicatesse de lui rappeler cette profession de foi, qui le place effectivement un peu mal pour juger du passé colonial français. En revanche, l’animateur a laissé son hôte s’exprimer à cœur ouvert sur le secrétaire général du MRAP : « Mouloud Aounit est peut-être sur la même ligne que le président iranien Ahmadinejad qui estime que les Juifs n’ont rien à faire au Moyen-Orient. » Forcément, quiconque critique les bonnes causes d’Arno est un antisémite. Et quiconque ne vibre pas pour l’Algérie française un agent de l’anti-France ?
Publié dans CQFD n°30, janvier 2006.