Négociateur
> Il n’y a pas que pour l’Irak ou la Côte d’Ivoire que l’on recrute des mercenaires. Pour preuve, cette petite annonce trouvée le 7 janvier à Saint-Quentin (Aisne) par un militant d’AC : « Expectra, n°1 de l’intérim haute compétence, recrute pour un de ses clients un responsable ressources humaines. Mission : au sein d’un site de production, vous mettez en œuvre un plan social et supprimez cinquante postes. Vous négociez avec les partenaires sociaux, vous établissez les livres, vous mettez en place les procédures de licenciement et participez à la réorganisation du site. Vous prenez contact avec des partenaires extérieurs dans le cadre du reclassement des salariés. Cette mission d’une durée de 3 mois, basée à Saint-Quentin, est à pourvoir de manière urgente. De formation bac +2 à bac +5 en ressources humaines, vous justifiez impérativement d’une expérience similaire. D’un excellent relationnel [sic], vous justifiez de grandes capacités de négociation. » C’est vrai qu’une négociation, ça coûte moins cher en balles qu’un M-16.
Pédagogie
> Jeudi 6 janvier 2005, le ministère de l’intérieur annonce que « les forces de police vont se livrer à des contrôles massifs d’identité aux abords des établissements scolaires ». De quoi parfaire l’éducation de nos braves petits futurs citoyens : ne pas courir à l’arrivée de la police, ne pas faire de gestes brusques en sortant ses papiers, se laisser fouiller, ne pas s’offusquer du tutoiement et des remarques, répondre poliment aux questions, conserver le sourire. Et surtout, attendre qu’ils aient tourné le coin de la rue pour dire ce que l’on pense de ce flicage immonde où chacun est regardé comme suspect.
Lucide
> Bernard Thibault, le coupé au bol de la CGT, fait grise mine dans Le Figaro (10/01/05) : « On est bien forcé de reconnaître que le mouvement syndical français n’a pas la capacité d’enrayer le processus de dégradation de la situation faite aux salariés. » Pas les moyens,ou pas l’envie ?
H&M
> Les salariés de l’entreprise de fringues H&M bloquaient depuis plusieurs
semaines l’entrepôt du Bourget. Ils avaient eu l’insolence de demander une petite rallonge à leur opulent salaire de 900 euros. Alors, le 28 décembre, la préfecture a nettoyé le passage pour qu’enfin les magasins puissent être livrés à l’approche des soldes de début d’année. Descente de police, destruction du matériel des grévistes, licenciements, poursuites devant les tribunaux, réclamations de dommages et intérêts… Salauds de pauvres, qui voulaient priver d’autres pauvres des chiffons dégriffés de Karl Lagerfeld ! Le 6 janvier, cependant, ils poursuivaient la grève et tentaient de l’étendre aux autres personnels du groupe. On a presque tous un magasin de cette chaîne pas loin de chez nous…
Coupure
> Nelly Olin, l’efficace ministre « déléguée à la lutte contre la précarité et l’exclusion », avait juré début décembre qu’EDF serait miséricordieux par temps froid : « aucun mauvais payeur ne sera coupé cet hiver », avait-elle promis. Quelques jours plus tard, le 13 décembre, EDF fermait le jus à un jeune couple de Rmistes de l’Orne. Motif : un impayé de 511 euros, qu’ils se proposaient pourtant de régler en plusieurs fois. Le couple avait en outre reçu le soutien de la Commission départementale d’aide au maintien des énergies. Mais EDF, membre de ladite commission, a exigé que cette aide soit conditionnée à une autorisation de prélèvement automatique. Il n’y a jamais rien d’automatique à prélever sur le compte bancaire d’un couple de Rmistes : l’autorisation a donc été refusée et l’électricité coupée. Et les ministres qui n’honorent pas leurs promesses, on peut les débrancher aussi ?
Ouf !
> Privilège rare, notre camarade Hamé, du groupe La Rumeur, gardera plutôt un bon souvenir des robes noires : le 17 décembre, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris (que CQFD fréquente aussi) l’a relaxé des poursuites en diffamation intentées par le ministère de l’Intérieur. La maison bleue reprochait à Hamé d’avoir parlé des cadavres qui jonchent son sous-sol. À la place des juges, on ferait gaffe pendant quelques temps à ne pas croiser une patrouille de la Bac.
Publié dans CQFD n°19, janvier 2005.