ALGRÉ L’INDIFFÉRENCE médiatique, la grève de la faim de
trente-deux prisonniers politiques mapuches, entamée le 12 juillet, bénéficie d’un soutien de plus en plus
important venant de différents secteurs de la société
chilienne (intellectuels, députés et militants). Ces grévistes ont été détenus à la
suite de récupérations collectives de terres ancestrales spoliées par des entreprises forestières. Ils ont été doublement
jugés : par la justice civile et par les tribunaux militaires, en application d’une Loi
Antiterroriste instaurée sous la dictature
de Pinochet. C’est ainsi que certains ont
été condamnés à plus de cent ans de prison ! Aux persécutions et tortures, il faut
ajouter les procès bidonnés, avec accusation d’association terroriste même contre
des enfants ! C’est comme cela qu’une
gamine de douze ans est devenue demandeuse d’asile en Suisse et que son frère
figure parmi les trente-deux grévistes.
Cette grève suppose une violence supplémentaire faite aux familles, mais « notre
corps est la seule arme qu’il nous reste
pour dénoncer l’injustice », expliquent-ils.
Comme il y a 200 ans Lautaro, Caupolican
et Guacolda contre les Espagnols, ces prisonniers indigènes sont prêts
à mourir comme des martyrs aujourd’hui.
L’Indépendance a voulu « assimiler » les Mapuches. Mais l’intégration à l’État chilien était une façon de les désintégrer. Ils se battent
depuis pour la reconnaissance de leur nation et de leur culture,
basée sur une étroite relation avec la terre. Un tel conflit historique
ne peut se résoudre devant les tribunaux, mais de façon politique,
entre le peuple mapuche et les Chiliens. Les Mapuches représentent
6 % de la population totale, d’environ 15 millions d’habitants. Leur
territoire se trouve au sud de la rivière Bio-Bio.
Plus au nord, mais également accusés d’association terroriste
(toujours par la loi 18.134), quatorze activistes sociaux de Santiago
et de Valparaiso ont été arrêtés à la mi-août : parmi eux, un
membre de l’assemblée des victimes du tremblement de terre
d’un quartier de Santiago, où les habitants construisent du lien social et de
l’autogestion à défaut de reconstruction de leurs domiciles, pourtant promise par l’État et les promoteurs. Deux
animateurs de radio communautaire
ont aussi été incarcérés suite à l’opération médiatico-policière Salamandra…
Dix de ces militants moisissent encore
dans une prison de haute sécurité.
Et pour finir de gâcher les fêtes de septembre, trente-trois mineurs de San José,
au nord du pays, sont enterrés vifs à
700 mètres de profondeur, sans doute
pour plusieurs mois. Cela à cause de la
cupidité de leurs patrons (Bohn et
Kemeny Füller) qui privilégient le profit
plutôt que les règles minimales de prévention des risques. Le sauvetage se voit
aujourd’hui ralenti par… des problèmes
financiers. Les médias ont traité l’affaire
comme un reality show où l’unité natio-
nale est scandée à tout va par un Piñera qui mélange allégrement les
genres : en pleins fastes officiels célébrant l’Indépendance, le premier président de droite depuis Pinochet n’hésite pas à faire appel au
sentiment patriotique des victimes et de leurs familles… À cette fête
nationale destinée à perpétuer le mythe d’une émancipation jamais
réalisée, la population répond pragmatiquement par la solidarité et
une culture « huachaca » (bâtarde) faite de diversité et de résistance.
Même si cela n’apparaît jamais à la une des journaux.