APPEL DES FAITS. Le 23 mai 2009, à Lille,une manifestation
« contre la répression d’État » s’achève devant le local de
la Vlaams Huis (« Maison flamande », désignée par les
manifestants comme un repaire de nazillons), dans la
ville limitrophe de Lambersart. Vingt-six radicaux
sont alors interpellés, placés en garde à vue et méticuleusement
fichés avec prises photographiques, empreintes et tout
le toutim.
Le 9 juin, une vidéo est mise en ligne sur YouTube. Elle est
constituée d’un montage photo de Black Blocs et d’un commentaire
écrit ironique, sur la musique des « Bisounours »,
« remerciant » les 26 interpellés, avec mention de prénoms,
de la première lettre des noms de famille et des lieux de résidence,
dévoilant jusqu’à certains détails personnels donnés
aux policiers lors de la garde à vue – comme l’adresse
italienne des parents d’une des manifestantes,
connue d’elle seule et de la police. Quelques jours
auparavant, un individu, reconnu comme le trésorier
de la Vlamm Huis, aurait cherché à impressionner
des personnes interpellées le 23 mai
rencontrées par hasard dans un bar de Lille,en les
qualifiant virilement de « Bisounours ». La vidéo
disparaît de la Toile le 14 juin.
Les 3 et 6 juillet, deux spécimens au crâne rasé se
livrent à diverses intimidations devant le domicile
de deux antifas, jusqu’à entailler le visage et la joue
d’une jeune femme avec un Opinel en lui lançant :
« C’est de la prévention, la prochaine fois, j’appuie plus fort. Tu diras à
tes petits copains de se calmer et d’arrêter leurs conneries. » Les
agressés décident de porter plainte contre X pour « divulgation illégale
d’informations personnelles ».
Jusque-là, ce n’est pas trop compliqué de remonter jusqu’aux
ménestrels de la cause flamande. Joint par téléphone , Claude
Hermant, autoproclamé « druide » de l’asso qui prône-les-valeurs-traditionnelles-de-la-famille-du-travail-et-des-cultures-ancestrales, confirme que la liste a bien atterri dans leur boîte aux lettres. Quant à sa provenance et sa finalité, il fait aussi montre d’une imagination débordante : « On reçoit de tout dans notre boîte aux lettres ! Le
Français aime dénoncer, c’est connu depuis 1939 [sic] ! La liste pourrait
aussi bien venir de gens de l’extrême gauche – avec qui on a de
très bons contacts – qui en ont marre de cette vingtaine de casseurs
qui foutent la merde dans les manifs. »
Et si les fuites provenaient plutôt de la maison poulaga ? Fin août,
un curieux courrier anonyme parvient aux rédactions du Canard enchaîné, Siné-Hebdo, La Voix du Nord, Liberté-Hebdo, L’Huma, Libé et CQFD. On peut y lire l’imprimé d’un mail signé « Édouard » provenant d’un forum identitaire et daté du 12 novembre 2007. Édouard, en qualité de trésorier, décrit à son correspondant le fonctionnement de la Vlaams Huis : « [Celle-ci] à [sic] démarré sous l’initiative de Claude il y a deux ans (ancien DPS [1], parti en
Afrique pour mercenariat [2], a des contacts partout) et de quelques skins. Au bout d’un an tous les débiles ont été dégagés, les plus motivés et politiques sont restés… » Voilà
pour la description de ce délicat aréopage de
bardes, apparemment écrémé de ses éléments
les moins gracieux. Plus loin dans le mail, le
carnet d’adresses de l’association semble se
préciser : « On a les flics à la bonne, le portable
du responsable de la sécurité urbaine, déjà venu
au local lors de l’inauguration, nous a dit qu’il
fallait l’appeler au cas où et que ce qu’on faisait
“c’est très bien les p’tits gars”. Le chef de la police
municipale de la ville [Lambersart] est de chez
nous, tout comme son pote d’une grande ville dont
on dépend administrativement qui va venir fêter
son anniv au local. Voili voilou. » Interrogé par nos
soins sur l’authenticité de ces informations, Claude Hermant nie
avec modestie tout contact autre qu’« officiels » avec les services
de police, en rapport avec ses activités associatives.
D’après nos sources dans les réseaux antifascistes, plusieurs forums
identitaires et autres pages persos de l’engeance nationaliste auraient
été hackés depuis plus d’un an par des petits malins. D’autres surprises
pourraient suivre…
Article publié dans CQFD N°70, septembre 2009, actuellement en kiosques.