EN 2000, un certain Ehud
Olmert, alors maire de
Jérusalem, lance un appel
d’offres pour la construction
d’une ligne de tramway sous prétexte de
désengorger le centre-ville, de plus en
plus étouffé par la voiture. Veolia et
Alstom, acoquinés dans le consortium
City Pass, raflent la mise en 2002.
Seulement voilà : l’itinéraire prévu passe
par les territoires occupés en reliant
Jérusalem-Ouest (israélienne) à deux
colonies juives illégales de Jérusalem-
Est (palestinienne), Psgat Zeev et French
Hill. Et renforcera ainsi l’annexion par
Israël de la Jérusalem palestinienne en
rendant notamment la colonisation physiquement
plus facile : « Le tramway […]
participe à l’irréversibilité de l’occupation.
Or, sans Jérusalem-Est, il n’y a pas
d’État palestinien… », dénonceront deux
conseillers de l’Organisation de libération
de la Palestine [2].
Si la construction de cette ligne de
tramway et son exploitation bafouent
le droit international (notamment la
4e convention de Genève) selon le
Conseil de sécurité des Nations unies et
la Cour internationale de justice de La
Haye,Veolia et Alstom s’assoient dessus
et le gouvernement français applaudit…
tout en détournant la tête : « La position
de la France est très ambiguë sur le
tramway de Jérusalem, surtout depuis
l’arrivée du gouvernement Sarkozy »,
affirme Sylviane de Wangen, secrétaire
générale de l’AFPS.
En juillet 2005, le contrat est signé dans
les bureaux du gouvernement israélien
en présence de l’ambassadeur de France
et le bulletin officiel de l’ambassade
saluait le raout accompagnant cette nouvelle
victoire du dynamisme hexagonal.
Quelques mois plus tard, Philippe Douste-
Blazy, à l’époque ministre des Affaires
étrangères, fanfaronne : « Ce projet d’entreprises
privées ne saurait en aucune
manière être interprété comme le signe
d’une inflexion de la position bien connue
de la France sur Jérusalem », car « la France
et l’Union européenne ont une position
claire et constante sur le caractère illégal
des activités de colonisation dans les territoires
occupés par Israël en 1967 [3] ».
Rebelote le 6 février dernier au Sénat, avec
Rama Yade, secrétaire d’État aux Droits
de l’homme : « Nous condamnons clairement
les colonisations illégales,contraires
à la feuille de route [4] ».
Le 20 février 2007, l’AFPS a donc assigné
Veolia et Alstom en justice afin de faire
reconnaître le caractère illicite du contrat
signé par ces sociétés avec le gouvernement
israélien. « Depuis, d’autres pays
européens ont fait des campagnes nationales
contre ce tramway et,en Suède,Veolia
s’est même vu refuser un contrat de deux
milliards d’euros à cause de son implication
dans la construction du tramway de
Jérusalem », se réjouit Sylviane de Wangen.
Bien que Veolia et Alstom aient tout fait
pour retarder l’arrivée du dossier devant
les juges, le tribunal de grande instance
de Nanterre a confirmé la procédure judiciaire
de l’AFPS comme légitime : « C’est
déjà une très bonne nouvelle,car le tribunal
confirme qu’au regard du droit international,
des multinationales peuvent être
appelées en justice », affirme Sylviane de
Wangen. Le 4 mai, Veolia et Alstom ont
présenté un recours devant la cour d’appel
de Versailles, mais l’AFPS reste optimiste
et ne veut pas lâcher le morceau. Encore
un coup tordu de l’Anti-France antisémite !
Article publié dans CQFD n°67, mai 2009.