Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°067
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°067


TRIBUNE TRIBALE

MARTINIQUE : ÉTATS GÉNÉRAUX EN TROMPE-L’ŒIL

Mis à jour le :15 mai 2009. Auteur : Guillaume Pigeard de Gurbert.


LA MARTINIQUE, l’agonie moderne de la démocratie représentative est aggravée par le fait que les élus ne disposent que de pseudo-pouvoirs reçus non du peuple mais de l’État français. La participation aux élections « nationales » ou européennes est ici insignifiante. Or ce sont elles qui fixent le cadre des pouvoirs locaux. La région et le département sont en effet des produits importés au sein desquels les politiques insulaires gesticulent en vain. Après le grand soulèvement populaire du 5 février et les conquêtes sociales qui en ont découlé, le mouvement est naturellement retombé. C’est pourquoi on appelle au Gran sanblé Matinik, mouvement d’initiative populaire, que nous avons pour notre part accompagné d’un Traité du grand dérangement [1] faisant suite à notre Manifeste pour les « produits » de haute nécessité [2] et dénonçant par avance les « petits arrangements ». Bien sûr, la mise en place de ces forums à travers toutes les communes n’est pas chose aisée en pays dominé. Mais si le balancier retombe dans l’ancien ordre établi, cela n’empêchera pas les problèmes de renaître, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

La décision du pouvoir français d’organiser à la hâte des états généraux vise justement à bâillonner le peuple en ayant l’air de l’écouter. Pour connaître le principe de ces états généraux, il suffit de regarder une salle où ils se déroulent : le peuple est cantonné au rôle docile de spectateur, cependant que, sur l’estrade, les instances officielles désignées d’en haut ou de là-bas monopolisent la parole, quadrillent les débats, policent les pensées. L’État,comme toujours, monologue. Alors qu’il s’agit pour le peuple de prendre ou plutôt de garder la parole, celui-ci est invité, une fois de plus, « au carnaval des autres » (Césaire). L’État français fixe le calendrier, décide des sujets, tient le crachoir et consent dans ces conditions à laisser s’exprimer ponctuellement tel ou tel « point de vue », réduisant dès lors la parole du peuple à la simple fonction d’exutoire inoffensif. Mais le plus insupportable, c’est que l’État a d’emblée placé les débats dans le cadre de l’aliénation en brandissant la menace de la sanction financière, s’adressant aux peuples comme un bon père de famille : « l’autonomie a un prix, mes enfants… [3] » Ce vieux cadre paternaliste consiste encore une fois à soigner le mal par le mal. Comment ces États Généraux pourraient-ils être une caisse de résonance du mouvement populaire et du souffle de liberté qui le porte, lorsqu’ils instrumentalisent de façon perfide l’aliénation des peuples ?
Mais plus profondément encore, ce qu’il faut, c’est une culture politique autre, qui commence à germer et poserait enfin des problèmes trop longtemps tus, qui concernent à la fois l’existence ici et celle du monde. On peut en formuler quelques-uns : l’exception économique de la défiscalisation et le projet de zone franche globale, ces panacées libérales pour l’Outre-mer, peuvent-elles garantir le principe politique de solidarité ? Jusqu’ici on a exploité la terre et les hommes, le temps n’est-il pas venu de les cultiver ? Comment faire pour que les peuples du monde entrent en relation sans se dissoudre dans une population standard ? Derrière ces problèmes se pose à court terme pour les Martiniquais le problème du changement de statut de l’île par le biais d’un référendum (sur les articles 73 et 74 de la Constitution) qui doit avoir lieu dans les mois qui viennent. Comment faire pour que le désir de faire peuple ne soit pas étouffé par la peur du largage, et que les urnes ne soient pas les éternelles chambres d’écho de la soumission ? Ces problèmes-là supposent une relation de peuple à peuple unis dans une nouvelle république, et non plus une administration unilatérale de populations ultrapériphériques.

Publié dans CQFD n°67, mai 2009.


[1] http://gransanblematinik.files.wordpress.com/2009/04/traitepour.pdf.

[2] Éditions Galaade, mars 2009.

[3] Dans son Intervention liminaire du 19 février 2009, Nicolas Sarkozy pose ce préalable à toute autonomie : « clarifier les relations financières avec la République : les compétences dévolues aux autorités locales devant être financées par des ressources locales ». Notons au passage le lapsus : parler de relation « avec la République », c’est supposer que ces « gens-là » n’en sont pas. Les Français ont-ils des « relations » avec eux-mêmes ?





>Réagir<

MARTINIQUE : ÉTATS GÉNÉRAUX EN TROMPE-L’ŒIL
Oliver | 10 juin 2009 |

Les Etats généraux se sont faits sur cartons d’invitation, les seuls personnes sur l’estrade etait.. des patrons.

Ils ont exclus d’emblée le citoyen lambda (c’est-à-dire la majorité !) alors même qu’ils etaient les premiers concernés.

Les spécialistes des questions martiniquaises, sont les Martiniquais eux-mêmes. casino en ligne

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |