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CQFD N°066


MANIF ANTI-OTAN À STRASBOURG

À MON SIGNAL, DÉSOBÉISSEZ !

Mis à jour le :16 avril 2009. Auteur : Marie-Anne Boutoleau.

Les Désobéissants sont adeptes de l’action directe non violente… à condition qu’il y ait la télé. Début avril, ces médiatico-militants étaient présents lors des manifs anti-Otan de Strasbourg, à l’occasion des soixante ans de l’Alliance. CQFD se trouvait parmi eux…

’EST DANS DES VILLES en état de siège que s’est tenue la réunion des vingt-huit chefs d’État de l’Otan, à Baden-Baden, Kehl et Strasbourg. Mais l’impressionnant déploiement policier n’a pas découragé les « anti »,qui ont multiplié les actions au c ?ur de la capitale alsacienne le samedi 5 avril. CQFD s’est incrusté parmi le groupe français des Désobéissants, debout à 4heures du matin pour prêter main-forte à des Allemands chargés de bloquer trois check-points menant à la fameuse « zone rouge ». La veille, une réunion a eu lieu dans un appartement pour peaufiner l’action. Si les médias y étaient conviés, il fallait en revanche ôter la batterie des téléphones pour éviter qu’ils ne puissent servir de micros espions à la police… C’est Xavier Renou, leader télégénique des Désobéissants, qui mène la danse. L’ambiance est à la dramatisation : les flics sont désorganisés, tendus et susceptibles de réagir violemment. L’action est minutée au poil près, le rendez-vous fixé à 6heures. Il faut partir très tôt pour passer les barrages. Du sérieux, donc. Mais question objectifs politiques, c’est le flou artistique : pour Renou, il s’agit avant tout de «  faire des belles images » pour la télé. De fait, il y aura presque autant de journalistes que de militants au rendez-vous du lendemain. Ceux-ci sont intégrés au dispositif, puisque répartis dans chacune des équipes qui dorment à Strasbourg. Le Chien rouge sera hébergé par Éric, un lecteur de CQFD à qui ont aussi été imposés deux soutiers de Paris-Match, pour la bonne cause !

Au petit matin, par petits groupes, les militants convergent vers leurs points de rencontre, non sans avoir été refoulés plusieurs fois par les policiers. Mais comme aucun Allemand n’a atteint les cibles désignées, ils déambulent dans le centre, entre CRS, gardes mobiles et militaires. Alors que le soleil commence à pointer, Renou les rejoint, qui décide qu’on tentera de franchir les barrières. Les militants s’avancent bras levés, se font un peu gazer et improvisent un sit-in. La police fait des sommations auxquelles notre chef répond : « Nous sommes non violents ! Appelez le commissaire Hartmann, il nous connaît ! » Les flics rassurés, Renou répond aux journalistes,soulignant que la police a peur des Black Blocs « hyper-violents » qui rôdent dans les alentours… Tantantan !

Nikolos, un étudiant franco-grec participant aux actions de désobéissance avec un groupe autrement déterminé,n’est pas convaincu par cet argument. Depuis 4 heures du matin, lui et ses camarades n’ont cessé de se faire gazer, alors il explique : « Du coup, quand à partir de 10 heures, les premières pierres ont commencé à voler, je n’ai pas trouvé ça violent. »

Une fois évacués – un peu brutalement, il est vrai –, quand les camions de logistique de l’Otan se radinent, les Désobéissants se contentent de prendre la pose devant eux avec leurs drapeaux, pendant quelques secondes, le temps d’une photo, puis ils libèrent les véhicules. Finalement, le petit groupe reflue à la périphérie de Strasbourg, escorté par les flics auxquels il crie : « La police avec nous ! » Renou, dans un effort didactique : « Le policier est un prolétaire en uniforme qui n’a pas choisi son destin sociologique. Il faut donc s’adresser à l’être humain qui est en lui pour l’amener à se retourner. » Car on ne fait pas la révolution sans la police.

On ne la fait pasnon plus sans TF1 : les caméras de Bouygues arrivent alors que l’on fait un dernier sitin devant l’hôpital. Fuse alors un ordre qui suscitera quelques protestations : « TF1 veut voir des pacifistes se faire gazer. On reste, ils filment trente secondes et on se casse. » On se casse derechef, oui ! Il est 11 heures, Éric est dégoûté : « Je ne ferai plus jamais d’action avec eux ! Ils crient « La police avec nous », ils suivent les ordres des flics ! Et puis j’ai honte d’avoir hébergé deux journalistes de Lagardère. S’il s’agit de faire des actions pour les médias, on n’a qu’à se faire payer ! » Puis il ajoute : « Tu te rends compte, j’aurais pu faire de la garde à vue pour ça ? »

Article publié dans CQFD n°66, avril 2009.






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