« DE MÊME QUE LES LILAS vont fleurir les hauteurs
de Belleville, les versants de la Butte et le
bois de Meudon, les amandiers refleuriront
», écrit Régis Schleicher à une amie.
Arrêté en mars 1984, ce militant d’Action directe
avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité
assortie d’une peine incompressible de dixhuit
ans. À l’orée de ses vingt-cinq ans de
détention – vingt-cinq ans ! – le centre national
d’observation de Fresnes vient de donner un avis
favorable à sa demande de mise en liberté conditionnelle
avec port d’un bracelet électronique. Pour
l’heure, le tribunal d’application des peines n’a
avancé aucune date pour rendre sa décision. Une
fois de plus la Justice, qui presse le pas pour stigmatiser,
condamner ou faire fi de la présomption
d’innocence, freine des quatre fers lorsqu’il s’agit
d’appliquer des mesures favorables aux condamnés.
Jann-Marc Rouillan [1], ré-emprisonné pour n’avoir
pas fait acte de contrition, est aujourd’hui dans un
état de santé alarmant : une arthrose cervicale le
privant de l’usage de ses bras, à laquelle s’ajoute une
inflammation des articulations combinée avec une
accélération du rythme cardiaque, le contraignent
à rester alité. Hospitalisé le 6 mars, il n’aura jusqu’alors
reçu de l’administration pénitentiaire,
malgré la gravité de son état, que des aspirines
et des anti-inflammatoires. En quelques semaines,
il a perdu sept kilos. « Un État de droit doit savoir
renoncer à la vengeance », a osé le gouvernement
allemand, en 2008, lors de la libération des derniers
membres de la Fraction Armée rouge… Vengeance ?
Vous avez dit vengeance ?
Article publié dans CQFD n°65, mars 2009.