POUR L’INSTANT, pas de canettes traînant au
sol ou de cartons prêts à être déménagés
dans la boutique de Marseille-
Méditerranée, vitrine immobilière de
« l’opérateur pour le compte de groupements
d’investisseurs » Atemi, filiale de Lehman
Brothers, qui en 2007 a racheté à LoneStar 600 logements
et 50 000 mètres carrés de bureaux sur la rue
de la République, Marseille. Mystère des chiffres ? La
Dépéche immo business de décembre 2007 annonçait
une participation à hauteur de 20% de Lehman
Brothers. La Provence parle plutôt, le 19 septembre
2008, d’un très précis 5 à 15%… C’est vrai que
les masses financières varient beaucoup par ces temps
de « confusion et d’angoisse ».
« Quelles répercussions a eu chez vous la faillite de
Lehman Brothers », demande l’erroriste de CQFD au
jeune agent immobilier de Marseille-Méditerranée.
« Je vais vous répondre franchement ! », renvoie ce dernier,
vigoureusement et droit dans les yeux. Un ange
–nerfs tendus tels ceux d’un banderillero– passe…
Et s’affale devant un définitif : « Je ne suis pas habilité
à vous répondre. » Encore une passe ? « Dois-je
déduire de votre silence que les affaires ne sont pas
brillantes ? » Le jeune costard estoque : « Nous avons le
triomphe modeste. » ¡Olé ! ¡Qué duende !
Mais pour l’heure, dans la boutique de Marseille-
Méditérranée-Atemi, c’est jour de grande agitation.
Guillerette, une jeune femme lâche : « On lance une
nouvelle opération. Et je viens de faire ma première
vente ! » « Et vos clients ont trouvé des crédits ? », questionne
avec émotion l’erroriste. « Oh, vous savez, il y
en a pour qui ce n’est pas la peine ! », répond la marchande,
comme pour illustrer l’affiche qui, sur la porte,
annonce « les journées privilèges ». De fait, l’intensité
de son sourire devrait juste tenir les quelques jours
que dure l’opération. Le temps d’écumer les étroits
bans et arrière-bans des candidats disposant d’un
capital cash.
D’autant que dans ce champs de ruines –immeubles
aveugles et palissadés– et de néo-ruines –grossiers
coups de peinture et de stuc sur les fissures– qu’est
cette rue de la République, « percée impériale » et maudite
qui n’a jamais réalisé les rêves de ces concepteurs,
d’autres obstacles se dressent pour entraver la bonne
marche des affaires. En décembre 2007, JPMorgan,
troisième banque des États-Unis, s’était offert les
Docks de la Joliette, vaste bâtiment portuaire reconverti
en bureaux et surnommé « le vaisseau amiral
d’Euroméditerranée ». Le même JP Morgan est suspecté
d’avoir fraternellement torpillé Lehman Brothers
et de l’avoir contraint à la faillite…
Article publié dans CQFD n°60, octobre 2008.