En Cisjordanie, nous avons eu un bref
aperçu de la vie et de la résistance
sous l’occupation. Check-points partout et ingéniosité
des habitants pour
les éviter.Omniprésence des colonies
et des routes de contournement. Algarade entre
villageois et armée israélienne, les militaires
n’appréciant pas qu’on fasse visiter à des étrangers
des maisons dynamitées ou le Mur en
construction. Associations organisant les
femmes, les habitants de camps de réfugiés, les
agriculteurs, les artisans… Une population solidaire
qui partage la pauvreté sans laisser les
exclus dans la rue. Et partout, une grande dignité, une volonté de faire face, de scolariser les enfants, d’imaginer un avenir.
Cette réalité qui est à leur porte, les Israéliens
l’ignorent absolument. Le pays est sourd et
aveugle. De retour à Jérusalem, nous avons rencontré
Michel Warschawski, fondateur de
l’Alternative Information Center, qui nous a parlé
de l’état de cette société. Israël s’est fondé sur
une légende : celle du pionnier défrichant son
pays et « faisant du désert un jardin ». Ce mythe
censé masquer le colonialisme fondateur a été
remplacé par l’individualisme, la loi du fric, le
business et le chacun-pour-soi. Les réformes libérales
ont fait que les pauvres sont devenus très
pauvres. Israël brandit partout le génocide nazi
pour justifier sa politique. Pourtant, une bonne
partie des 300000 survivants de la Shoah vivant
encore en Israël subsistent sous le seuil de pauvreté,
en particulier ceux qui sont arrivés de
Russie.
La plupart de « l’élite » politique du pays est poursuivie
par la justice pour des affaires de harcèlement
sexuel ou pour prévarication. Du coup,
l’homme politique le plus populaire du pays est
un mafieux venu de l’ex-URSS : Arcadi
Gaydamak. Il est poursuivi par la justice française
pour son rôle dans l’Angolagate. Pendant
la guerre du Liban, il s’est substitué aux carences
de l’État en payant à des dizaines de milliers
d’Israéliens des séjours dans ses camps de
vacances ou ses hôtels, leur permettant
d’échapper aux bombardements. Il a récidivé
avec les habitants de Sderot, à la frontière de
la bande de Gaza. Car l’armée israélienne,
capable de raser un pays, n’assure plus le service
après-vente. Gaydamak est favori pour devenir
maire de Jérusalem.
Seule note d’optimisme : les sondages disent
qu’une majorité de la population est favorable
à l’abandon des colonies. Mais aucun gouvernement
n’ose évacuer les territoires occupés.
Article publié dans CQFD n° 53, février 2008.