Le plan Marshall pour la banlieue s’est dégonflé comme
une vieille baudruche avec un tout petit milliard de belles
promesses. Par contre, selon la coordination anti-démolition
des quartiers populaires, la destruction des tours va
mobiliser en 2008 pas moins de 33 milliards. Comment
expliquer cette frénésie de moyens, hormis par les bénéfices
supplémentaires pour les petits amis des politiques
qui bossent dans le bâtiment ?
Parmi les joyeusetés des décrets d’application de la loi sur la prévention de la délinquance,
les réaménageurs (à la dynamite) de quartiers sensibles
trouvent matière à assouvir quelques-uns de leurs
fantasmes orwelliens. Pour toute nouvelle construction,
la sécurité arrive en tête des préoccupations : alignement
de plots en béton « Beyrouth-special » pour empêcher les
voitures-bélier de défoncer les vitrines des commerces ;
toits pentus « Belfast-proof » pour dissuader la racaille
de stocker petit et gros matos de jet ;éclairage « nights-of-
Bagdad » pour repérer de loin d’éventuels guetteurs de
mauvais coup.
Mais au pays des gendarmes de Saint-Tropez, le sécuritaire total finit souvent par se tirer une balle dans le pied. Selon le désopilant Philippe Tireloque,
architraître au bureau du conseil en sécurité urbaine du
ministère de l’Intérieur, « les dispositifs empêchant l’installation
des gens du voyage sur les parkings extérieurs
interdisent aussi le passage des cars de police. » Chef, la
marche arrière…, elle est cassée.
Article publié dans CQFD n° 53, février 2008.