Face à la mondialisation galopante
imposant son villagemonde,
le moindre bled se doit
d’opérer un repli identitaire et frileux
sur ses fondamentaux. Et quoi de plus
fondamental que le football ? Le maire
PS de Grenoble, Michel Destot, a fait
un rêve : voir son équipe se hisser en
ligue 1. Mais monter en grade dans les
bataillons du ballon rond, afin de se
mesurer à de vraies villes, implique de
pouvoir accueillir des foules de supporters.
C’est du moins ce que préconise
la Ligue professionnelle de
football. Qu’à cela ne tienne, Destot
décide de faire construire un immense
terrain et de le nommer « Stade des
Alpes », excellent patronyme qui
évoque l’air pur des montagnes et fait
écolo. Décision est prise en 2001 de
bâtir cette verrue urbanistique en
rognant le parc Paul-Mistral, un des
rares poumons de l’agglomération
grenobloise. Mais fin 2003, des habitants
mécontents de voir leur espace
vert amputé de 300 arbres s’installent
dans les branches dès le début
des travaux. Pendant trois mois, perchés
dans les cimes, ils tiennent tête
à la « démocratie locale », férue de
places de parking et de béton. En
février 2004, les autorités passent à
l’offensive, décrochant les opposants
suspendus à grands coups de GIPN.
Faisant fi des batailles juridiques qui
suivirent, la municipalité arrivera à
ses fins : 55 millions d’euros sont
engloutis dans les travaux et les
arbres sont abattus. Les arbres, mais
pas les opposants, pour qui la lutte du
parc Paul-Mistral reste une résistance
locale exemplaire. [1]
Dernier avatar : d’après le Dauphiné
Libéré du 23 janvier dernier, le propriétaire
du club de foot grenoblois,
le groupe japonais Index Corporation,
songerait à… s’en séparer ! Faut dire
que l’équipe de onze zozos chère à
Destot s’essouffle toujours en ligue 2.
Article publié dans CQFD n° 53, février 2008.