Ils portent des pearcings à faire fuir les grands-mères, mais quand vous les voyez
ramasser les papiers devant l’entrée du festival, vous tombez sous le charme. Tout à l’heure, devant les grilles du Centre d’essais des Landes, Édouard était là, avec
son chien, démontrant que
lui aussi, avec sa dégaine
zarbi, il milite. Il me parle de
S.D.F, un détournement poétique
pour Solidarité Dépannage
sans Frontières, une
association partie d’un
squatt, la Médokine, qui leur
sert de base. Le but ?
Dépanner des camions en
rade pour un prix modique.
Leur mascotte : un extra-terrestre
bleu emprunté à la
foire de Bordeaux.
Édouard suit depuis peu un
stage d’éleveur de chiens,
tout en logeant dans un
camion style Freak brothers,
« tu sais, cette BD américaine
avec des types qui fument… »
Supporter de foot, il sort une
trousse, un album, une
gomme, tout l’attirail de
l’ultra du F.C Bordeaux. Dur
pour mes nerfs, moi qui soutiens
l’OM ! Il ne manque
plus que le porte-savon
Giresse. Le garçon revendique
sa bordelitude, malgré
les vannes des copains
venus nous rejoindre dans
son camion équipé de panneaux
solaires. Ces écolos itinérants
en ont tous pourvu
leur Merco, « seule marque
capable de résister au temps
et à la route ». Le 508, voilà
le modèle fétiche du gang.
« On arrive à être heureux,
même si la drogue prend
parfois le dessus », me dit-on
en dévoilant LE projet : l’Inde
en camion ! Seb, un type
immense avec une tignasse
sombre et des yeux exorbités,
fait office de
mécano en chef. Il
crache visiblement le feu
depuis la maternelle et parle
avec un fort accent Petrol-
Hahn. C’est un as des réparations
désespérées, mais il
ne veut travailler qu’avec
des outils Facom. On sent
l’artiste. « Il faut que chacun
s’affirme ! »
En attendant les routes
enneigées du Pakistan, ils
sont venus à Peace and
Landes pour apporter leur
bière à l’édifice antinucléaire.
C’est vrai qu’avec
leurs panneaux solaires, leur
habitat de 10m2 et leur relative
paresse, ils sont plutôt
décroissants. Par contre, côté
sono, ils épuisent une centrale
nucléaire en une seule
rêve-partie.
Vince, un Breton avec
anneau dans le nez, a rencontré
la bande dans un
concert punk qui a tourné
« en teuf de trois jours ».
Depuis, avec Dorian, un saisonnier
originaire du Doubs
qui ressemble à un ex des
Béru, ils voyagent de festival
en free-partie. Les travellers
sont des hommes de l’errance,
sans autre but que
d’être ensemble et de faire
la fête. De leur propre aveu,
les copines passent, flashent,
mais ne restent pas
longtemps.
Chacun est fier de son
camion comme un pavillonnaire
au soir du premier barbecue
! À ceci près que leur
paysage change tous les
jours. Et que les saucisses
sont rares. Mais le 508 est là,
rassurant comme une bière
bien fraîche au cœur de l’été,
comme un missile sol-sol
qui finirait en pétard
mouillé. Mais les gars, siouplait,
baissez la musique
vers 6 heures du mat’ !
Article publié dans CQFD n° 50, novembre 2007.