Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°050
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°050



INSERTION ET PLUMES DANS LE FION

Mis à jour le :15 novembre 2007. Auteur : Thierry Pelletier.

Notre envoyé spécial dans les soutes de la PQR [1] croyait benoîtement qu’il allait déambuler peinard de commémorations en foires bovines et de courses cyclistes en cocktails d’inauguration. Mais le quotidien d’un localier, c’est d’abord de répondre fissa aux convocations institutionnelles.

COURS PLUS VITE, chômeur, ton patron t’attend.
Assis gentiment dans un salon de la mairie, nous prenons des notes, pour la forme : un dossier de presse nous sera remis à la fin. Le Rotary Club et les autorités locales lancent un « Markethon », opération par ailleurs nationale. Le 18 octobre, des équipes de trois chômeurs sillonneront la ville à la rencontre des entrepreneurs, munis d’un « sauf-conduit » signé par Georges Frèche. L’équipe qui ramène le plus d’offres d’emploi gagne… le droit de consulter les annonces avant le vulgum pecus. Les organisateurs souhaitent qu’à force de « volontarisme » les demandeurs d’emploi se métamorphosent en « proposeurs de services », aptes à « séduire » les entrepreneurs. Putain !
« Élargissement des choix professionnels des femmes. »
On l’appellera Capucine, elle en veut, trois fois qu’elle appelle pour qu’on « couvre » sa sauterie. Responsable d’une asso de défense du droit des femmes, elle a organisé, en partenariat avec la chambre des métiers, une rencontre entre des entrepreneurs du BTP, des femmes chefs d’entreprise et une douzaine de chômeuses qui terminent un stage de trois mois de « redynamisation par le théâtre », afin de « faciliter l’élargissement » de leurs « choix professionnels ». Capucine, charmante enfant au teint de pêche, est toute gaie : les trois canards du coin sont là, ça fera joli dans le rapport d’activités. Une chef d’entreprise affirme que ses salariés ne sont pas des employés mais des « collaborateurs ». Jusqu’ici tout va bien. Un plâtrier moustachu trouve que les femmes sont plus méticuleuses que les mecs, pour la déco c’est super, mais soulever les sacs de plâtre et le placo, c’est plutôt un boulot d’homme, non ? Capucine l’interrompt : « Ça fait quoi un plâtrier ? » On découvre à cet instant le caractère profondément religieux du système. On sait tous qu’on participe à une messe délirante, mais personne ne moufte. Les chômeuses attendent que ça passe. L’artisan, découragé, marmonne. Il n’y a que Capucine pour y croire. J’aimerais lui demander combien elle palpe pour nous obliger à faire de la figuration dans ses conneries, mais faut que je gagne mes 1200 euros, alors j’écrase, amen.
Journée portes ouvertes de la police.
Les classes de collège se succèdent toute la journée à la caserne des CRS. L’armée et les pompiers sont là aussi. Les démineurs font une démo, puis c’est au tour des policiers de simuler un contrôle d’identité qui dégénère dans une cité. Les mômes kiffent grave. À l’intérieur, au stand de recrutement de la police nationale, les deux communiquants sont sympas. Un panel presque illimité, un secteur en expansion, m’expliquent-ils. Pour les sans-diplôme,1000 places de « cadets de la République », sinon, plus de 5 000 places en CFP [2] par an. Finie la police de papa, aujourd’hui « on peut facilement passer de la BAC à la police scientifique »… Un effort particulier est fait en direction des jeunes et, d’après mes deux interlocuteurs, ça commence à prendre, grâce à ces journées pédagogiques. Et c’est vrai, ici, ça ne débande pas, garçons et filles se jettent sur les dépliants. On me conseille pour mon papier, « il faut en finir avec le cliché du flic matraqueur », le policier d’aujourd’hui est un juriste polyvalent. Le lendemain, c’est le Forum des armées qui invite : stands de la Légion avec mitrailleuse sur la table, boîtes de sécurité privée… Des flots de gamins défilent, cornaqués par leurs profs. On me présente les jeunes de la première promo de CAP des métiers de la sécurité. Dehors, les gars du 3e RPIMa font la démonstration d’un nouveau transport de troupes blindé, qui peut trimballer huit pioupious. Ça a déjà servi en Afghanistan. Idéal pour le maintien de l’ordre et la guérilla urbaine. Des lascars acnéiques bavochent, la bouche ouverte, devant ces Big Jim en tenue camouflage.
Toi y en a démolir ta maison, nous y en a donner toi chouia pognon.
Tout ce que le Landerneau carcassonnais compte d’élus, de médiateurs et d’associatifs a répondu à l’appel du gouvernement, qui convoquait des « rencontres territoriales de la ville » partout en France. Il s’agit ici de régler le problème des quartiers « sensibles » de la ville, La Conte principalement, et « d’accompagner les plus faibles », pas tout à fait « aptes à l’emploi ». On va détruire la moitié des immeubles, bien pourraves il est vrai, pour « aérer » la cité, et « la tourner vers le cœur de ville ». On remplacera les barres par des maisons individuelles pour favoriser « la mixité sociale ». Les entrepreneurs, grâce à des « clauses sociales », s’engagent à faire effectuer 15% des heures de taf par les habitants du quartier. On a mandaté un jeune homme noir en cravate,il servira d’« interface » entre les indigènes et les employeurs. Afin de ne pas effaroucher les philanthropes du bâtiment qui doutent de « l’employabilité » du cheptel, on ne les embêtera pas avec des contrats trop contraignants. On privilégiera plutôt les dispositifs RMA et autres contrats d’insertion, pour « mettre en situation d’emploi » tous les Bac moins 4 préposés à la démolition de leur quartier.

Article publié dans CQFD n° 50, novembre 2007.


[1] Presse quotidienne régionale.

[2] Centre de formation de police.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |