Où sont passés ceux et celles qui, en moins d’un an, ont administré trois retentissantes claques aux pouvoirs établis, avec le référendum du 29 mai 2005, les émeutes de banlieues de l’automne suivant et le mouvement anti-précarité du printemps 2006 ? Se sont-ils endormis sous les charmes putassiers de la campagne électorale ? Tout se résumerait-il maintenant à ce misérable tiercé perdant-perdant ? L’image du pouvoir viendra-t-elle toujours s’asseoir sur nos têtes pour se substituer à la société ? Le prochain roi républicain parlera-t-il encore impunément en notre nom, en précisant que même si le pays dit non ce sera oui quand même, car les décisions sont déjà prises à Bruxelles et à Davos ?
Élu à 82 %, Chirac s’empressa d’appliquer, en plus de son programme, celui de l’extrême droite qu’il était censé avoir battue. Magistral cocufiage. Et aujourd’hui, tour d’écrou supplémentaire : après le vote républicain, le vote utile. Pour une société définitivement désarmée, à l’américaine ! À entendre les organisateurs de cette kermesse, et si on additionne mécaniquement les intentions de vote, on pourrait croire que 90 % des gens souhaitent que rien ne change.
C’est de plus en plus clair : ce monde se fait sans nous et contre nous. On peut hausser les épaules en maugréant « élections piège à cons » ou, au vu de l’autoritarisme triomphant et de la violence des pouvoirs économiques, ne pas vouloir abandonner le terrain à l’ennemi, fût-ce le marécage électoral et médiatique. C’est la tentative Bové, la seule à ne pas venir des professionnels de la politique. Mais monter sur les tréteaux de cette pantomime, n’est-ce pas se fourvoyer un peu ? Si on lançait plutôt, à la façon des zapatistes au Mexique, une Autre campagne, non électorale ?
« Invitation à organiser les fêtes du désastre politique, à déserter certaines campagnes et à en rejoindre d’autres », interpelle-t-on depuis le Tarn profond. « Vive le candidat Patate ! » [1] est un autre cri de ralliement pour les erroristes insatisfaits. Tant il est vrai que l’électeur est à la transformation sociale ce que le touriste est au voyage.
Publié dans CQFD n°43, mars 2007.