LES POISSONS DES HAUTS FONDS disparaissent, les cyclones se multiplient, l’automne est le plus chaud jamais enregistré, les icebergs du pôle sud dérivent à frôler la Nouvelle-Zélande, les Japonais ont repris la chasse à la baleine, les stations de sports d’hiver françaises attendaient encore la neige le 6 décembre, les nappes phréatiques chinoises sont polluées à mort, chaque jour apporte son lot planétaire de nouvelles catastrophiques. L’homme pisse et chie dans sa niche écologique, ce à quoi le clebs le plus gâleux, aux confins de la mort, refuse de s’abandonner. Par dignité.
Devant ce constat qui engage les générations futures, que fait la classe politique française ? Elle prépare les prochaines élections. Le parti des Verts s’est réuni à Bordeaux et devinez de quoi on a causé ? Des baleines ? Des poissons ? De l’effet de serre ? De la fonte des banquises ? De la surconsommation énergétique ? Des transports ? De la
mondialisation des marchandises ? De la relance du nucléaire ? Pas du tout ! On a parlé boutique. Depuis la création de ce parti, les délégués autocooptés nous rejouent un vaudeville façon Labiche, avec portes qui claquent, motions qui se chevauchent, cocus qui s’ignorent et bons mots à la clef. Pourquoi se priver des formules réussies ? On a
donc remis le couvert sur le thème : qui gouverne dans ce pataquès ? On appelle ça « se constituer une majorité », afin de pouvoir se rallier au PS au deuxième tour et se procurer une dizaine de députés aux élections suivantes. Fine stratégie ! Faut dire qu’il y a urgence : alors que la supérette des Verts ramait depuis 1984 pour se constituer une clientèle, voilà que l’hypermarché Hulot vient lui manger la laine sur le dos. À vous dégoûter de faire de la politique !

Ce Hulot, reporter cathodique qui faisait la promo de la moto dans les années soixante-dix, est crédité de 10 % de voix dans les sondages, affole les partis et publie un Pacte écolo qui se vendait à mille cinq cents exemplaires par jour en novembre, soit autant que le nombre réel des militants du parti vert ! Dans les mêmes sondages, la cheftaine des
Verts, la sénatrice Dominique Voynet, peine à atteindre les 2 %. Peanuts ! Juste de quoi se rallier à Ségolène au deuxième tour. Elle a beau multiplier les appels dans la presse sur le thème : « Viens chez moi, y a des caramels et des estampes japonaises ! », Hulot, superbe, reste insensible aux invitations de la sirène. Ça frise la goujaterie. Et la presse de se demander : pour qui roule Hulot ? Pour son pote Chirac ? Pour Sarko ? Pour Ségo ? Ou pour des prunes ? Réponse en janvier. Mais, déjà, au sein des Verts, les rats (Cochet, Bennahmias) commencent à quitter le navire et se rapprocher de Hulot. On n’a pas fini de rigoler.
Pendant que les Verts se disputent l’héritage de La Gueule Ouverte, le « journal qui annonçait la fin du monde » dès 72 (une exclusivité !), la gauche dite « antilibérale » s’interroge sur le mannequin appelé à poser sur les affiches. Cocos et trotskos aimeraient
bien imposer leur candidat mais les collectifs du Non à la Constitution
giscardienne se méfient de la logique des partis. Bové boude sur son Larzac et les machos ne veulent pas de Clémentine Autain, la Ségo blonde au frais minois qui, en bonne apprentie de la Société du spectacle, serait la plus apte à capter les voix des téléspectateurs. Résultat : on ira à la bagarre en ordre dispersé, chacun vers son petit 2 %. Là encore, l’électeur le plus blasé ne peut qu’applaudir ces artistes. Ils parlent dynamique collective, intérêt public, défense
du populo, soutien aux fauchés mais, dans la réalité, c’est « tout pour ma gueule ! ». Quand on est plus de deux, chantait Brassens, on est une bande de cons… Les antilibéraux nous le prouvent. Comme chez les Verts, les proclamations unitaires, les idées généreuses, les soucis altruistes s’effacent devant un seul et même impératif : et Moi et Moi et Moi. Mon égo. Si vous avez parmi vos proches un de ces sectateurs égoïstes, vous savez quoi lui offrir à Noël : une panoplie de faux-cul !
Article publié dans CQFD n° 40, décembre 2006.